C'est la sonnerie du téléphone qui a déchiré la nuit. Cela l'extirpe d'un sommeil encore léger et dans un geste automatique elle décroche le combiné posé sur son chevet. Elle le laisse retomber comme si elle arrêtait la sonnerie de son réveil.
Elle replonge. A nouveau la sonnerie.
Même geste automatique et ses pensées commencent à s'éveiller, à s'organiser: c'est le téléphone, elle sent qu'elle dort depuis peu. Elle a regardé la diffusion du dernier film de Marie T. hier soir, un anniversaire morbide comme sait les fêter la télévision, celui de sa disparition.
Elle a ri, trouvé Marie excellente en rockeuse déjantée.
Au moment du coucher elle a du apaiser des angoisses qu'ont réveillées le seul souvenir des circonstances de la mort de Marie. La violence animale surtout qu'il lui est arrivé plus d'une fois de devoir contenir au cours de son existence. Dans ces moments là, elle retrouve l'apaisement de ses pensées dans le calme profond de son corps, quelques respirations jusque dans les vibrations de ses cellules...
A nouveau le téléphone. La voilà complètement réveillée maintenant. Elle décroche sans pouvoir dire un mot. A l'autre bout la voix est calme et grave cela la rassure presque : comme si les choses graves ne s'annonçaient pas d'une voix calme... C'est sa sœur:
« Papa, il est tombé ».
Puis les mots se télescopent dans le combiné : les pompiers le coma, le scanner, pronostic sombre,hélicoptère.
« Et maman ? » S'entend t-elle dire.
« J'y suis passée elle dort comme un bébé
- oui attendons un peu laissons-la dormir ».
Il est 4 heures du matin, son père vit le premier vol de sa vie qui s'est arrêtée cette nuit là.
Elle, vit depuis cette nuit là avec cette étrange synchronicité d' instants qui vous plongent dans la tragédie.
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