vendredi 26 septembre 2008

...Maman dort comme un bébé

C'est la sonnerie du téléphone qui a déchiré la nuit. Cela l'extirpe d'un sommeil encore léger et dans un geste automatique elle décroche le combiné posé sur son chevet. Elle le laisse retomber comme si elle arrêtait la sonnerie de son réveil.
Elle replonge. A nouveau la sonnerie.
Même geste automatique et ses pensées commencent à s'éveiller, à s'organiser: c'est le téléphone, elle sent qu'elle dort depuis peu. Elle a regardé la diffusion du dernier film de Marie T. hier soir, un anniversaire morbide comme sait les fêter la télévision, celui de sa disparition.
Elle a ri, trouvé Marie excellente en rockeuse déjantée.
Au moment du coucher elle a du apaiser des angoisses qu'ont réveillées le seul souvenir des circonstances de la mort de Marie. La violence animale surtout qu'il lui est arrivé plus d'une fois de devoir contenir au cours de son existence. Dans ces moments là, elle retrouve l'apaisement de ses pensées dans le calme profond de son corps, quelques respirations jusque dans les vibrations de ses cellules...
A nouveau le téléphone. La voilà complètement réveillée maintenant. Elle décroche sans pouvoir dire un mot. A l'autre bout la voix est calme et grave cela la rassure presque : comme si les choses graves ne s'annonçaient pas d'une voix calme... C'est sa sœur:
« Papa, il est tombé ».
Puis les mots se télescopent dans le combiné : les pompiers le coma, le scanner, pronostic sombre,hélicoptère.
« Et maman ? » S'entend t-elle dire.
« J'y suis passée elle dort comme un bébé
- oui attendons un peu laissons-la dormir ».
Il est 4 heures du matin, son père vit le premier vol de sa vie qui s'est arrêtée cette nuit là.
Elle, vit depuis cette nuit là avec cette étrange synchronicité d' instants qui vous plongent dans la tragédie.

jeudi 25 septembre 2008

Dires d'esclave

Après tant de travaux, de corvées de souffrance et de pleurs
Mon enfant me quitte pour les bras du Seigneur
Je méconnais mes sentiments,
Suis-je triste ?
Dois-je être content ?
Ce départ est à double tranchant
Ma descendance est libre maintenant
mais jamais à aucun moment,
je ne pourrais voir sourire mon enfant
Que faire quand le hasard choisit
Un des miens maintenant affranchi
A peine découvre t-il la vie
Que son plus gros problème est déjà fini
Mais quel Dieu l'a donc béni?
De ne jamais connaître ce qu'est ma vie
Et le mal-être dans lequel j'ai grandi
Puissiez-vous l'aimer Ô mon Seigneur
Avec la même foi et le même coeur
qu'un enfant né dans la splendeur
Lui conçu dans la peur


La case de l'esclave, face au Diamant, Martinique 1999

Texte écrit par Mathieu le jour du Français de son bac à Fort de France en Juin 1999 et publié par sa mère (presque) dix ans plus tard : Ce temps de silence nécessaire pour enfin entendre ce cri de l'appel à la liberté

Et ron et ron petit patapon et ron et ron netapepastom


Dès que j'en ai la possibilité, je préviens leurs parents de mon arrivée et , tel un nouveau débarquement de la tante du littoral, je leur consacre vingt quatre heures de ma vie.
Je les sens heureux de venir partager ces moments avec moi ; comme si se reprenait à chaque fois le fil de l 'histoire laissée en plan depuis la dernière fois. Peu importe le temps écoulé entre deux visites, la continuité de notre lien a fait son œuvre.
Dès qu'ils sont embarqués dans la voiture (ou plus exactement dans celle de leurs parents, car moi il y a belle lurette que je ne suis plus dotée de siège auto et a fortiori de deux) comme le clic d'un interrupteur donne une lumière immédiate, sitôt lâchés par le regard parental, revient à leur mémoire les textes de chansons arrangés par moi, pour eux. Alors nous chantons sur le chemin qui nous amène chez grand-mère, nous chantons pour faire la nique aux angoisses de séparation, dépassées maintenant.
C'était "ya longtemp" dit Noa au sujet de Tom (ouais, ouais, deux mois à peine). Les mots parfois ,ont ce pouvoir d'éloigner la peine,des "Petitom". Et quel jeu délectable que ce souvenir dégagé du pénible ressenti.
La joie continue de s'installer dans le véhicule à la seule idée des contes qu'ils me demandent et dont je ne changerais pas le contenu "Cela fait peur par moment mais cela se termine toujours bien". Alors vient la déferlante des questions, chacun son tour, (ils sont sympas les jumeaux, ils vous laissent juste le temps de reprendre votre respiration entre deux explications, entre deux interventions, la présence toujours au taquet). Les sempiternels "pouourquoioi tu chananges paaas les con..on..ontes?" .
Et pourquoi c'est si difficile à expliquer l'universalité des contes ? Et que je vous vois venir avec votre toute-puissance qui vous ferait bouffer le loup par le premier petit cochon, alors qu'il est encore incapable de se faire une maison sûre?.... Ha ça mais... Cela sert à quelque chose quand même la psychanalyse des contes de fées, appliquées par votre tante ! Qui a quelques idées (et vécus aussi...) sur la nécessaire contenance à donner à des enfants de deux ans que l'on doit écouter certes mais pour mieux les limiter, les border,en quelque sorte.
Et je sens bien -presque intuitivement- que dans cet espace bordé que je vous offre vous nagez à votre aise, sans la crainte de vous cogner, de boire la tasse ou de connaitre l'ennui.
Je ré apprend avec vous que la liberté est une conquête qui ne passe pas forcément par les larmes (ni les armes d'ailleurs) mais plus sûrement par une nécessaire entente.
Un "suffisamment de confiance" dans la présence de l'autre dôté de ce savoir que , très tôt, dans son existence de "petitom" dans cette direction là, le chemin est déblayé, la route empruntable.

dimanche 21 septembre 2008

Dans un mois pile j'ai cinquante ans...

Et (heureusement) encore toutes mes dents. D'ailleurs je n'ai jamais eu une aussi bonne dentition que depuis que je suis sortie de l'enfance, d'ailleurs je ne me suis jamais sentie aussi bien vivre que depuis que je suis sortie de mon enfance.
C'est peut-être pour cela que parfois il me semble que j'ai à peine dix ans.

samedi 20 septembre 2008

Juste pour parler de vous ....

Et pourquoi ne pas l'écrire, ce que je parle
Fixer les mots sur ce quelque-part où je me l'autorise
Apprendre ma mémoire
La forcer parfois à se souvenir
Sans trop
De merveilleux et trop furtifs moments
Où l'on s'est dit
C'est peut-être juste pour cela
Que je vais les écrire....