dimanche 15 février 2015

JE T'AIME, MOI NON PLUS


Dans l’amour éparpillé de notre quotidien, lorsque l’indifférence s’installe pour l’autre que l’on a tant désiré et aimé, à qui l’on se collait avec l’impression que, s’il disparaissait, jamais on ne s’en remettrait, il y a toujours comme une nostalgie d’amour qui traîne…
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment, dit le poète, alors pour ne pas s’éteindre et vivre, parfois on aime ailleurs en amants interdits, et parfois l’on s’y fait, l’âme un peu brisée, en pleurant devant le plus insipide des « soap movies » ou de Casablanca à jamais éternels.
Heureusement, ainsi que chaque année, la St Valentin pointe le bout de son cœur, réveillant des passions et des désirs, démontrant magistralement que ce qui porte nos vies, c’est aimer. C’est l’amour.
L’amour.
Oh le grand mot.
L’important, le grave, l’immense mot si petit dans sa forme.
Seulement deux petites syllabes pour signifier cet élan magnifique qui pousse deux personnes à se toucher et à se désirer au point de ne plus vouloir se quitter. Au point de vouloir partager, ensemble, le sentiment d’amour et puis aussi le pain et le lieu.
Mais…
Il n’y a pas d’amour heureux, dit le poète.
On a évidemment envie de dire que c’est faux et que tout toujours est possible. Juste il suffit d’aimer.
Aimer. Et voilà, on y revient.
Mais…
La littérature du monde n’est jonchée que d’impossibles amours, et de Tristan et Yseult à Belle du Seigneur, c’est un parterre de meurtrissures qui ligne après ligne construit des chefs d’œuvres.
Alors, les hommes ne sont-ils désirants que dans les dysfonctionnements ?
Leurs inaptitudes à aimer et à aimer longtemps, ne sont-elles que le reflet d’une réalité humaine que les codes de société s’acharnent à refuser ?
Là encore je laisserai le dernier mot au poète qui sait si bien dire « Je t’aime moi non plus. »

samedi 7 février 2015

Abyssales sensations...


Se sentir quelques instants si vulnérable, laminé(e) par le pouvoir de tout autre. Se sentir quelques instants si vulnérable qu'il suffirait juste de se laisser aller complètement à la chute pour ne plus jamais revenir. Comme si l'intérieur même du corps s'était recroquevillé dans un coin de la peau, de l'enveloppe corporelle. Aimer cela ? Non. Jouir seulement de ce moment, de la situation de dé-pouvoir. Jouir un instant de ne pouvoir rien faire, de ne pouvoir être rien, personne, de n'être là pour personne. De n'avoir aucune responsabilité dans ce monde, ni celui d'un mot,d'une parole (d'une parole malheureuse, les seules qui auront été entendues, et retenues) ni celui d'un geste. Être en situation absolue de n'être rien. Suspendre sa respiration, le plus longtemps possible.



Rendre possible de ne rien pouvoir faire, de ne rien y pouvoir. Respiration brisée.De ne rien devoir faire. De n'avoir rien à faire, ni à y faire,être là comme ne pas y être ; ou ne pas être. Attendre seulement peut-être. Mais n'avoir à obéir à aucune injonction, à aucun désir des autres à son égard. Être au moins pour un temps hors jeu, hors de portée. Ne pas pouvoir être touché(e). Ne pas pouvoir être abordé(e), ni même dit(e), parlé(e), peut-être même imaginé(e). Se réfugier dans un corps non pas mort ni insensible,mais inatteignable. Intouchable comme ne pouvant être ni affecté,ni abîmé. Etre dans son corps et l'habiter, mais ne plus rien sentir, et tenir son corps, son âme hors de portée d'autrui, de tout autre. Retenir sa respiration. Ne pas devoir se sentir aimé(e).



Se tenir dans une sorte d'ataraxie totale où tous les muscles peuvent se relâcher,ne plus se tenir et là seulement. Etre seul(e). Dans une solitude immense, totale, épuisante mais presque salutaire. Se tenir ainsi au bord de l'épuisement et du vide mais se maintenir au bord. De la vie, de la mort, là où toutes les lumières se confondent et la pénombre. Un isolement au cœur du monde. Un épuisement au cœur,au bord, tout au bord, du monde. Rechercher sans chercher cet isolement comme la seule possibilité d'être et de vivre avec,malgré le paradoxe. Et y aller. Avec la peur au cœur de toujours faire un pas de trop. Se sentir complètement seul(e) et dépossédé(e)de soi-même, même au milieu des autres. De tout autre. Se tenir à l'écart, en retrait ou à l'abri pour ne pas mourir totalement sous les injonctions de meurtre de soi-même et du meurtre de toute parole. Ne pas retourner la violence contre soi, cette invisible violence qui parcourt ses veines depuis si longtemps maintenant,depuis toujours peut-être, parcourt son corps et le tient au bord de soi, au bord du monde, là seulement où il lui est possible de respirer. Une violence des mots à son encontre, voire de ses propres mots pour un temps devenue si insupportable qu'elle envahit le corps,le rend fragile, si vulnérable. Un corps à l'intérieur du corps qui serait si touché, si affecté, qu'il se tiendrait hors de portée du moindre souffle d'amour.



Veille de soi-même et en soi-même qui en ce moment-même n'existe plus vraiment ou n'existe que comme une idée vague. L'état est semi-comateux, mais sans substance. La sensation est celle d'un corps dépecé là où le corps n'a sans doute pas été touché. Sensation d'un corps en morceaux, brisé. Corps viande, corps comme cadavérisé,la chair à l'intérieur, mais vivant. Seulement inerte, presque complètement inerte. Corps de la peur, aussi. Ne pouvant presque pas bouger, et respirant à peine. Vigilance face à la perte toujours possible ou à venir. Veille auprès du monde. Comme pour malgré tout et presque malgré soi se laisser la perspective d'être et de devenir, seul infime espoir, imperceptible. Ou à peine perceptible.



lundi 2 février 2015

Rêve d'Insieste....

Le voilà,il est apparu,l'innommable,l'indicible: Il a pris forme dans mon esprit à presque  soixante piges.
Jusque là, il était resté tapi,in-consciencieusement,tout au fond de mon être et je n'ai jamais cru l'aborder qu'au travers des drames des autres, de celles (surtout) qui en ont souffert, réellement, interminablement... Mais, moi, je me suis toujours cru aux abris de cette infamie, et des  affects désorganisateurs dans lesquels nous sommes plongés.
Je n'ai jamais senti son trouble, dans mon programme de femme libre, et suffisamment distanciée.
Alors, pourquoi s'est-il imposé ainsi, dans le repos de cet après- midi d'été, pour  venir perturber ma solitude, tel le  surgissement de l' amant éconduit qui se sent oublié et  qui  ne revient que pour  jouir de ses effets de sidération?...
Ce fut dans  l'intemporalité d'un rêve,  où je me trouve dans le bonheur des miens,entourée des enfants surtout, et tu es là, au beau  milieu de ce" marmaillon". C'est la première fois  je crois que  nous partageons cette joie, ensemble. Je m'avance vers toi,  pour te présenter le dernier né comme une offrande, et ressentir ta joie dans un effet transfuge. Pour la première fois de notre vie, je me laisse alors  aller dans une grande confiance dans tes bras, pour vivre comme un dernier instant cette relation que nous n'aurons plus jamais.Tu cherches  alors ma bouche et  mes lèvres, tandis  que l'effroi, s'empare de moi. Dans mes cris et mes pleurs j'entends ton rire qui me dit que tout cela n'est rien, que c'est de l'amour, que je ne dois pas m'inquiéter: je te frappe alors, avec toute l'énergie de mon désespoir et toi tu continues de rire, de ton  rire qui me glace le sang et me transperce au plus profond de mon ventre...
Je sors du sommeil dans un sursaut, l'angoisse plein  mes entrailles.


 Ces temps derniers, j'ai oublié la présence de ton absence, depuis plusieurs mois déjà: mes pensées trop accaparées par la réorganisation de ma vie, le réinvestissement de ma propre  existence. Ton retour  m'en dit  un peu plus sur nous, sur moi, et il faudra bien que je sache ce lien et cette peur qui nous a empêché toute notre vie et qui  continue de m'empêcher encore aujourd'hui.  Il faudra bien maintenant   continuer ma vie  avec toute cette conscience que me révèle mon inconscient.

Le retour des justes...

Ne plus séduire, ne plus chercher celle qui n’accepterait pas que le masque tombe, ce masque lentement mûri pour plaire à tous ces possibles qui vous seraient déplaisants, ne plus rêver à celui dont les fondations artificielles ne supporteraient pas que votre vernis craque, attendre le regard juste, l’esprit calme et apaisant, ne plus sourire pour rien, pour faire plaisir, pour rentrer dans le moule, choquer avec sa vérité, crier, claquer une porte, manger sans avoir peur de grossir, s’affaiblir sans croire que l’autre s’en fera l’écho, et s’il le fait, bouffer l’autre, et grossir encore, pour écraser sa supériorité de tout le poids de sa liberté, être pervers si l’élégance l’accompagne, manipuler si le bonheur est au bout, pas le vôtre, celui de l’autre, enterrer des mensonges pour que fleurissent des couleurs douces et solaires, refuser un plat trop froid comme on refuserait une main trop chaude, ou le contraire, dire à ceux qui sont censés vous aimer naturellement qu’ils ne savent pas le faire, graver sa déception dans l’écorce des caractères les plus solides, hurler dans l’oreille d’un sourd, se foutre à poil devant l’autorité, assumer son vote, visser sa différence comme un néon qui dérange, dévisser l’indifférence de ces géants minuscules qui vivent la tête au-dessus des odeurs nauséabondes et l’installer sur leurs chevilles boursouflées pour la faire tousser, ne plus plaire pour ce qu’on n’est pas, oser être vide entre les jours de chance, ne rien avoir à dire, à faire, à vivre, se vautrer dans sa paresse, attendre que ça se passe, penser que le bonheur c’est un but et pas un chemin, mettre un doigt à la rébellion gratuite, je veux dire sur sa bouche, pour la faire taire, en mettre deux dans les yeux des bien-pensants pour qu’ils pleurent leur monde en carton-pâte, chier dans la colle, pisser dans un violon, cracher dans la soupe, crier sur les toits, être mal coiffé, mal accompagné, mal maquillée, mal baisée, se contenter de peu, retourner sa veste et celle qui vous le fait remarquer, jouer avec le feu, brûler un feu rouge, freiner tard, pousser la troisième, coller au cul jusqu’à ce qu’il dégage ce donneur de leçon qui vous montre le panneau 110 avant de rentrer chez lui regarder des vidéos SM avec des mineurs, ne pas avoir peur de perdre ses amis parce qu’on serait soi-même, ne pas avoir peur d’en choisir de nouveaux qui le mériteraient mille fois plus, fumer la moquette, déférer au parquet, défoncer les inégalités, ne rien branler et écrire l’injustice sur les murs, avoir le talent de claquer cette fesse sans perdre la considération de sa propriétaire, avoir le talon pour décalquer ce pauvre mec qui a décidé que vous étiez à lui, accepter d’être bon, ne pas avoir peur d’avoir une bonne opinion de soi si vous l’estimez justifiée, ne pas avoir peur de la chute le jour où vous verrez à quel point vous vous êtes trompé, tirer la queue du chat, caresser la chienne dans le sens du poil, regarder une femme dans les seins sans lui manquer de respect, regarder un homme dans le portefeuille parce que vous le valez bien, doubler à droite, griller un stop, être plus con que celui dont vous ne supportez pas le vide abyssal, tirer les cheveux de la caissière mal-aimable, mettre une pichenette sur la joue de ce voisin à qui vous n’avez jamais adressé la parole et repartir sans rien dire, regarder TF1 jusqu’au bug cérébral, avoir une gastro au Ritz, éclater un bouton la veille d’un rendez-vous, éclater en sanglot le lendemain, partir avec la caisse, rentrer tard, ne pas prendre de gants, laisser son empreinte, maquiller la vérité, démaquiller le mensonge, ne rien avoir dans le ventre, bouffer du regard, ne se satisfaire que du confort, être un faux con pour les aigles royaux de la bêtise mais une vraie présence pour l’âme solitaire, tournoyer comme un vautour pour le regard de ceux qui seront partis aussi vite que leur jugement, ils n’auront pas pris le temps de vous voir vous poser pour donner ce cœur qu’ils auraient juré être la cible de votre appétit, donner de la chair, du corps aux choses, aux histoires, à la vie, détester un prénom, ne pas dire que ce bébé est beau s’il ne l’est pas, gueuler pour un rien, savoir tout sur tout, se mêler de ce qui ne vous regarde pas, cultiver sa susceptibilité, contredire les grande gueules, maudire les petites frappes, mettre un bandeau sur la routine, jouir de son succès, brouiller les pistes, parler comme une vache espagnole, partir à l’anglaise, avoir le glaive vengeur et le bras séculier, porter le bourre-pif en métaphore et disperser façon puzzle les empêcheurs de tourner en rond.
Et une fois éloignés les parasites, tous les microbes qui infecteraient votre bonheur, tous les faux-semblants capables de semer des promesses dont ils n’ont jamais vu la moindre graine, il restera le vrai regard sur vous, celui qui aura transpercé les couches protectrices et repoussantes, l’œil lucide et aimant qui aura reconnu son idéal sous mille imperfections, le regard qui sait, qui sent, qui ressent, qui sait que jamais le temps ne lui donnera l’occasion de regretter son choix.
Règle n°38 : Osez toutes les imperfections, osez être celui ou celle pour laquelle on ne voterait pas. Rien n’empêchera votre âme sœur de vous élire.

dimanche 30 novembre 2014

RÔME Ma Belle !...


Un peu de bruine et des îlots de lumière qui transgressent vers les ruelles. Rome en cet après midi est nonchalante et festive. Chaque week-end les rues deviennent piétonnes et la foule déambule, rieuse, avide, pleine d’envie devant des boutiques si belles que l’on voudrait tout acheter ; ce sac de cuir souple pour une robe qu’on ne possède pas, mais que l’on pourrait acheter pour lui plaire, des lingeries d’amour pour des amours interdites, des robes aux jupes fendues et aux décolletés si plongeant qu’ils font passer la sublime chute de reins de Mireille Darc pour une robe de pensionnaire. Et puis aussi les vendeurs de marrons, les musiciens qui frappent le tempo, les clowns qui font des pirouettes et des danseurs de hip hop galvanisés par l’enthousiasme de la foule tandis que des Églises ouvertes, les orgues s’interposent, pour rappeler que les biens terrestres sont choses futiles et « vietato per la chiesa » soit interdit par l’Église, tandis que les « carabinieri » aux angles des rues, surveillent les voitures qui voudraient passer quand même.
J’ai donc, à l’italienne, déambulée, heureuse des lumières qui accrochaient des étoiles tout au long des rues, de l’odeur des marrons grillés, de la robe achetée pour lui plaire, et l’orange fraîche bu comme de l’eau vive, quand fatiguée de tous ces désirs, je me suis enfin posée dans un des multiples cafés de la via del Corso, dont on peut voir d’un côté le Capitole et de l’autre la piazza d’Espagne.
Mais, ô angoisse, et si la robe achetée pour lui plaire ne lui plaisait pas ?

mardi 18 novembre 2014

Week-end à Rome

Aujourd’hui, il bruinait sur Rome, une pluie alternative qui froissait la lumière. Mais j’ai vu le Dôme du Vatican et j’ai été scotchée, soufflée par la beauté des nefs qui se succédaient, églises dans l’Eglise, tableaux, sculptures ; un navire de l’espace sorti tout droit d’une manga et destiné à traverser le temps pour venir jusqu’à nous, somptueux et stellaire, près duquel Notre Dame de Paris paraît une souris naine, mais pas qu’elle. Aucune cathédrale si belle soit-elle, peut rivaliser avec la somptuosité gigantesque du dôme.
Pendant un temps qui m’a échappé, je suis restée là, immobile, souffle coupé, écrasée par le gigantisme du lieu, puis capturée par lui, conquise par la ferveur de ceux qui avaient travaillé à sa beauté. Peintures, madones aux enfants, fresques ; sous mes yeux le génie de l’homme s’étalait des marbres du sol aux ors de la coupole sur des milliers de mètres et des profondeurs sans aucun doute célestes.
Puis, les orgues ont retenti, la messe a commencé et dans un étrange et paradoxal brouhaha d’où émergeait le silence, la musique s’est élevée…
J’ai quitté le dôme. Devant moi l’esplanade et l’avenue, les ponts. Rome s’allumait dans la bruine tiède du soir, faisant des flaques de lumière sur les pierres des palais et sur les hautes colonnes, tandis que moi, assise sur les marches du palais, je la regardais béate et amoureuse comme une amante.

mardi 11 novembre 2014

L'AMOUR CONTRE L'INADVERTANCE


Parler d'amour simplement...J'aimerais, je voudrais, j'ai envie. Mais est-il incongru, déplacé ou impudique ici de parler d'amour ? De cet étrange élan qui nous projette vers un inconnu, un homme, une femme, dont on sait à l'instinct et dès les premiers mots, qu'ils seront magnifiques et terribles. Foudroyants et qu'ils nous tueront, peut-être... Mais, peut-on mourir d'amour ? Non. L'amour est une maladie orpheline disent les médecins en prescrivant des antidépresseurs.
Pourtant pour certains, la douleur est parfois si forte, qu'ils en viennent à transgresser la médecine et ces foutus médecins qui ne savent rien de l'amour.
Des comprimés, un peu d'eau et ils blufferont les statistiques. Heureusement la plupart du temps, ils ne peuvent pas. Ils portent les pilules à leur bouche et les recrachent aussitôt.
Ils voudraient, mais la vie, leur vie s'interpose entre la douleur, la mort et eux, comme si elle avait quelque chose à y voir ou qu'elle ait des droits.
Heureusement aussi, ces improbables rencontres presque toujours de l'ordre de l'originel font, qu'au-delà des peurs et des inquiétudes liées à la perte soudaine de ce qui n'est pas acquis, à la peur du vide et de l'inconnu, nous sommes dans l'instant aussi transportés de bonheur. Un bonheur indicible fait de joie et de grâce dans lequel des forces nouvelles émergent et s'épanouissent en flux tendu, suspendues entre l'autre et nous.
En fait, c'est aimer que nous aimons, au point sans doute d'être amoureux de l'amour et d'entrer dans des digressions intellectuelles qui n'ont rien y voir.
Si l'esprit porte l'élan d'amour c'est le corps charnel qui le vit, et si je peux laisser à l'homme que j'aime des petits mots sur la table de la cuisine, comme « Je voudrais nager avec toi, et puis danser la salsa, manger des bonbons à la fraise, acheter des strings pour toi, t'embrasser dans le cou, prendre ma douche avec toi, faire du potage parce que tu as mal au ventre, te pousser parce que tu prends toute la couette, jouer avec les enfants, t'empêcher de trop boire, faire des pâtes et des confitures, peindre, écrire, rire, acheter une perceuse et la laisser dans le placard. Je voudrais mettre des jupes fendues pour toi, te faire un enfant, coudre ton bouton qui manque, te demander si tu m'aimes, faire la cuisine, ranger la maison, régler l'électricité, chanter en italien, retourner à Venise, faire des photos à Tiout, adopter la petite Malika, danser le flamenco, te dire que je t'aime, ne plus écrire, me souvenir de la perceuse, oublier les factures, ne pas régler l'électricité, placer des bougies partout, avoir peur de mettre le feu, éteindre les bougies, t'aimer... » je sais aussi que c'est le corps qui unit. Dans un élan ou la peau, la chair, les muqueuses et le goût, reconnaissent la peau, la chair, les muqueuses et le goût de l'autre comme son propre goût.
Un de mes amis qui travaille à l'Inserm pense que c'est une histoire de phéromones, que cela passe avec l'âge, mais que vu de son laboratoire moléculaire, ceux qui vivent ainsi ont beaucoup de chance.
Je préfère penser que nous sommes Tristan et Yseult, Chopin et Georges Sand, Roméo et Juliette. Cro-magnon et Lucie ça me va bien aussi, surtout lorsque le mien d'amour a ce regard concentré, ramassé pour comprendre, ce que je comprends toujours quelques secondes avant, mais dans une fluidité à laquelle il ajoute lui la dimension cartésienne qui m'échappe. Bref, je l'aime.
Et l'amour me paraît dans le monde en déséquilibre qui est le nôtre, la seule chose qui vaille qu'on puisse mourir, peut-être... La seule chose dont il faudrait vraiment parler. L'amour de l'autre, l'amour des uns et des autres. Parler d'amour essentiellement, de la vie en somme...Tout le reste n'est qu'inadvertance.