Rendre possible de ne rien pouvoir faire, de ne rien y pouvoir. Respiration brisée.De ne rien devoir faire. De n'avoir rien à faire, ni à y faire,être là comme ne pas y être ; ou ne pas être. Attendre seulement peut-être. Mais n'avoir à obéir à aucune injonction, à aucun désir des autres à son égard. Être au moins pour un temps hors jeu, hors de portée. Ne pas pouvoir être touché(e). Ne pas pouvoir être abordé(e), ni même dit(e), parlé(e), peut-être même imaginé(e). Se réfugier dans un corps non pas mort ni insensible,mais inatteignable. Intouchable comme ne pouvant être ni affecté,ni abîmé. Etre dans son corps et l'habiter, mais ne plus rien sentir, et tenir son corps, son âme hors de portée d'autrui, de tout autre. Retenir sa respiration. Ne pas devoir se sentir aimé(e).
Se tenir dans une sorte d'ataraxie totale où tous les muscles peuvent se relâcher,ne plus se tenir et là seulement. Etre seul(e). Dans une solitude immense, totale, épuisante mais presque salutaire. Se tenir ainsi au bord de l'épuisement et du vide mais se maintenir au bord. De la vie, de la mort, là où toutes les lumières se confondent et la pénombre. Un isolement au cœur du monde. Un épuisement au cœur,au bord, tout au bord, du monde. Rechercher sans chercher cet isolement comme la seule possibilité d'être et de vivre avec,malgré le paradoxe. Et y aller. Avec la peur au cœur de toujours faire un pas de trop. Se sentir complètement seul(e) et dépossédé(e)de soi-même, même au milieu des autres. De tout autre. Se tenir à l'écart, en retrait ou à l'abri pour ne pas mourir totalement sous les injonctions de meurtre de soi-même et du meurtre de toute parole. Ne pas retourner la violence contre soi, cette invisible violence qui parcourt ses veines depuis si longtemps maintenant,depuis toujours peut-être, parcourt son corps et le tient au bord de soi, au bord du monde, là seulement où il lui est possible de respirer. Une violence des mots à son encontre, voire de ses propres mots pour un temps devenue si insupportable qu'elle envahit le corps,le rend fragile, si vulnérable. Un corps à l'intérieur du corps qui serait si touché, si affecté, qu'il se tiendrait hors de portée du moindre souffle d'amour.
Veille de soi-même et en soi-même qui en ce moment-même n'existe plus vraiment ou n'existe que comme une idée vague. L'état est semi-comateux, mais sans substance. La sensation est celle d'un corps dépecé là où le corps n'a sans doute pas été touché. Sensation d'un corps en morceaux, brisé. Corps viande, corps comme cadavérisé,la chair à l'intérieur, mais vivant. Seulement inerte, presque complètement inerte. Corps de la peur, aussi. Ne pouvant presque pas bouger, et respirant à peine. Vigilance face à la perte toujours possible ou à venir. Veille auprès du monde. Comme pour malgré tout et presque malgré soi se laisser la perspective d'être et de devenir, seul infime espoir, imperceptible. Ou à peine perceptible.
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