samedi 3 octobre 2009

A RIRE D'ELLES

Depuis toujours, elle sait se servir d'un certain oblique de ses yeux,ou d'un certain gonflé de ses joues, pour déclencher chez Elle, ces éclats de rire qui lui ont fait découvrir la joie. Aujourd'hui encore, elle sait jouer de cela: l'expression, l'intonation lui viennent facilement pour déclencher le rire de ceux qu'elle aime séduire.Comme un état de grâce qui trouverait sa source dans cette première période de sa vie. Elle a appris depuis, que même de très jeunes enfants, afin de "nourrir" leur psychisme en jachère d'émotion, avant même l'apparition de leurs pensées propres, trouve le comportement qui va moduler leur mise en relation avec l' entourage.
Avec Elle, cette relation profonde, l'a faite grandir dans ce principe: elle a du s' inscrire comme le détonateur de sa joie.
Lorsqu'elle vient chez Elle, elle lui raconte toujours les péripéties de son existence, non pas telles quelles se produisent, car franchement, là, il n'y a souvent rien d'hilarant, alors elle lui raconte ..., une histoire, avec la
même trame, accentue les traits de certains personnages, infiltre dans son discours quelques paroles de gascons, met en scène, et caricature les plus puissants, jusqu'a ce que ...ses yeux s'éclairent,ses joues se gonflent du souffle qu'Elle réprime, comme une ultime pudeur qui l'empêcherait, et soudain...Elle s'esclaffe et les voilà entrainées l'une avec l'autre dans un bon quart d'heure de fou rire, dont elle gardera précieusement les ressorts, pour les utiliser, à d'autres moments de leur week-end.
Puis elle repartira, comme elle fait depuis plus de trente années vers ce besoin de vivre sa vie, ailleurs, la laissera à la sienne, bien qu'elle sache, sans pouvoir lui en parler, la tristesse qui s'y est installée de manière définitive ces dernières années...,"Je t'appelle bientôt, prends soin de toi..."
Dans cet entre-deux, elle va continuer de vivre, prendre de ses nouvelles, penser à Elle, quasiment tout les jours, bientôt lui dire, pour lui éviter de trop languir, le prochain moment où elle viendra plus près d'elle, se servir de sa vie, pour égayer la sienne.

 

 






jeudi 21 mai 2009

Vie très "privée"

Je peux dire aujourd'hui que tu ne nous as pas vraiment ménagé.
Ça, c'est le moins que l'on puisse dire.
Je n'ai jamais trop su ta conception des choses, mais peut-être n'avais-tu aucune conception des choses : tu dois faire partie de ces êtres qui ne pensent pas la vie,qui n'ont jamais utilisé cette capacité à se projeter à l'existence pour devenir les bâtisseurs de leur propre destin.
Très vite, tu nous as informé que tu ne souhaitais pas nous garder trop longtemps auprès de toi, que nous devrions nous quitter assez rapidement, que la place des enfants cela n'est pas de rester sempiternellement auprès des parents, que dès que cela sera possible nous devrions trouver du travail.
Je n'ai jamais su ton manque de moi, ta nostalgie de nos états amoureux quand la petite fille que j'étais n'attendait que ton retour pour exploser de joie dans tes bras.
J'avais dix ans à peine lorsque je suis partie en internat dans un lycée de jeune-fille des années 70, avec une discipline trop rude pour l'enfant désirée que j'étais. Face à ma dépression naissante je t'entendis dire, avec ce brin de cynisme propre aux personnes en mal de "mots pour émotions" que cela forgerait mon caractère. Je ne t'ai jamais parlé du cataclysme intérieur que ces mots de toi ont provoqué chez moi, mais je sais surtout, qu'aujourd'hui encore, quarante ans plus tard, le seul souvenir de la cicatrice ravive la douleur de la brûlure
Un trauma fondateur, comme disent les psys, qui aurait pu nous durcir (ton souhait d'ailleurs), nous, tes enfants, au lieu de nous renforcer.
Je voulais te parler de cela, des adultes que nous sommes devenus grâce à toi, mais aussi, souvent, contre toi. J'ai peut-être trop attendu pour déclencher ce moment, me poser plus près de toi, te dire le temps et la souffrance pour tracer une vie de femme acceptable, devoir garder de l' enfance tout ce dont tu nous as privé, à ton insu, car ce que j'attendais, toi même tu ne l'avais pas reçu.
Nous aurions pu parler l'un et l'autre, du monde qui nous a accueilli à presque trente ans d'intervalle, de nos peurs générées et enfouies comme des fantômes qui ont sûrement fragilisé ton équilibre d'"homme debout" vieillissant à peine.
Nous aurions pu parler de tellement d'autres choses aussi, mais, comme toujours, ton destin m'a doublé pour me laisser privé de toi. A jamais.

lundi 4 mai 2009

Un homme, une femme et ses hanches

Lui:-Viens là
Elle:-Qu'est ce qu'il y a?
Lui: -Regarde-toi. Tu t'es vue?
Elle:-Qu'est ce que j'ai encore?
Lui: -T'es moche. T'as vu comme t'es moche?
Elle: -J'ai vu. J'y peux rien
Lui: -Mais si t'y peux.Seulement il faut vouloir.
Elle: -Comme tu dis!
Lui: -Pourquoi tu veux pas?
Elle: -Pas envie
Lui: -C'est gentil. T'as pas envie de me plaire?
Elle: - Non
Lui: -Merci
Elle -Non c'est pas ça.
Lui: C'est quoi?
Elle: C'est moi.
Lui: -Quoi c'est moi?
Elle: -J'ai pas envie de me plaire.
Lui:-Mais je m'en fous, moi!Tu ressembles à une souillon. Pourquoi tu veux pas me plaire?
Elle: -C'est moi.
Lui:-Je m'en fous,je te dis!Tu crois que c'est agréable?Regarde tes cheveux.
Elle: -Ils sont sales
Lui: -Oui ils sont sales.Pourquoi tu les laves pas?
Elle: -J'y pense pas.
Lui: -Quand tu les laves ils sont très beaux,très doux.J'aime bien les caresser,moi,quand tu les mets comme ça, avec une petite barrette.
Elle: -Elle est cassée
Lui: -Mais rachètes en une,merde,ça coute deux francs.
Elle: -Pas pensé
Lui: -Et tes yeux,pourquoi tu les maquilles pas?
Elle: -Sais pas.
Lui: -Mets un trait de truc autour,c'est super joli quand tu le fais.Ca te fais des yeux de...de... sirène
Elle: -D'accord
Lui: -Et ta poitrine.Je suis sûr que t'as pas de soutif.
Elle: -Non
Lui :-Mais c'est moche,regarde,ça te fait deux paquets qui pendouillent,comme les vieilles.T'as des nichons de vieilles.
Elle:-Tant pis
Lui: -Mais non pas tant pis.Attaches-les.Empêche-les de foutre le camp partout.Tu crois que je peux avoir envie de les tripoter les trucs tout mou.
Elle:-Ben non.
Lui: -Ben non.Tu dis ben non comme si tu t'en fichais.Ben non,j'ai pas envie.Et pourtant ils sont mignons quand tu me les mets dans le creux de la main.
Elle:-C'est vieux tout ça.
Lui:-Bien sûr c'est vieux,l'envie elle fout le camp si tu fait pas un effort!
Regarde tes hanches.
Elle:-Elles sont grosses
Lui:-Un peu!T'as pris combien de kilos?
Elle: -Plein
Lui:-Tu manges n'importe quoi,n'importe quand .Pas étonnant.T'as doublé de largeur.
Elle:-Je sais
Lui:-T'étais pas comme ça avant.
Elle: -Avant?
Lui:-Ben oui
Elle:-Avant quoi?
Lui: -Tu sais bien
Elle:-Dis le.
Lui: -Avant...Quand je t'ai connue.T'étais super mignonne,super gironde.La plus belle.Ils voulaient tous t'avoir les copains.
Comment qu'ils en mettaient de la pento sur les cheveux!
Et de la Mont saint Michel sous les bras.
Et même une giclée dans le falzar des fois que tu viendrais y promener ton museau.
Ah je les ai bien,eus! Tous!C'est moi qui t'ai.
Elle:-Avant quoi?Dis-le!
Lui:-Mais arrête!Je les aimais bien tes hanches,moi,dans la petite robe en coton blanc à fleufleurs.
C'était du vêtement qui cachait pas grand-chose .
Juste la vue.
Mais quand tu me frôlais en sautillant par dessus les flaques d'eau,comment je la sentais la chair au dessus de l'os.
Parfois tu appuyais juste ce qu'il fallait pour que je sente aussi l'élastique de la culotte.
Ah la vache!Les filles ,vous en connaissez des trucs pour allumer la mèche.
Fallait pas me le dire deux fois.
Et toi non plus.
Comment qu'il nous en déferlait des paquets de désir!La culotte arrivait plus vite en bas des pieds qu'une ambulance tellement il y avait urgence.
Elle:-Tu les aimais mes hanches?
Lui: -Drôlement.Parce que c'est la première chose qui apparaît quand on fait rouler la culotte.C'est tout doux,tout chaud,tout blanc,parfumé à la lessive en poudre.
On embrasse le creux de la hanche en pensant à ce qui va suivre.
C'est doux comme le ventre d'un chat.
C'est tout juste si ça ronronne pas pareil.
Les mains suivent le chemin des cuisses en pinçant le tissu comme un voile de mariée.
Et soudain,paf,il est là,merveilleux.Tu te le prends de plein fouet comme un soleil.C'est à ce moment là que le monde bascule dans une autre dimension.
Elle: -Et la fille sur la carpette.
Lui: -Tes hanches,comme des rochers émergés dans l'océan des désirs.
Elle:-Ca oui,tu t'y accrochais fort pour pousser ton esquif.
Lui: -Ose dire qu'il n'était pas accueillant ton petit port de pêche?
Elle: -Sûr l'escale coûtait pas cher et l'homme trouvait son compte.
Lui:-Cause toujours!T'étais drôlement plus avenante de la hanche avant.
Elle:-Avant.
Lui: -Parfaitement avant.
Elle:-Avant!
Lui: -Oui,oui,oui,avant!
Elle: -MAIS AVANT QUOI ,BORDEL,dis le un peu,ce qui les déforme les hanches des femmes puisque t'es si causant au moment de les ouvrir.Dis ce qui les laboure,les rabote,les arrache,les écorche,et les laisse ensanglantées quand la marée se retire.Dis ce qui les fouille sans souci,par besoin de violence,par besoin d'éclatement,pour faire mugir les taureaux de la mer qui déversent leur écume et s'en vont pisser au large,égoïstes,piaffants,raides de leur seul pauvre muscle.
Avant!Oui,avant,j'avais envie d'être belle et douce et parfumée comme la tendresse que j'espérais,avant que tu ne fasses de moi le paillasson de ta jouissance.
Avant que je ne referme mes hanches comme des ailes meurtries sur le nid saccagé par tes tempêtes.Avant que je ne renonce à ce qui pourrait en sortir par peur que ça ne te ressemble.Avant que je ne laisse la graisse se répandre et recouvrir monstrueusement les désirs de mon corps.
Je suis sale parce que je me sens sale.C'est tout.

Lui: -...Pardonne...
Elle: -Non


Texte extrait de "la peau du désir"
écrit par Gérard Levoyer

Un retour

Je ramènerai les fruits à pain,
les épices, et le rhum arrangé
Je garderai sur ma peau
quelques jours encore
la couleur de la caresse
du soleil,
Je reviens bientôt

samedi 25 avril 2009

ENVOL

Voilà, ça y est,
Tout est fin prêt, ou du moins l'espère t-elle :
les derniers sacs sont bouclés, les billets rangés de manière préhensible, avec le passeport, dans un coin de son sac, (c'est tellement chiant à chercher,sans les trouver.. ".mais non cela n'est pas le bon ",et se heurter a la condescendance pleine de reproches du personnel navigant...)
Aujourd'hui elle a préparé ce départ dans un grand calme, pensé avec le plus de justesse possible ses besoins, surtout ne pas trop se charger, garder de la place, pour vivre,...
Vivre cette aventure qu'elle a peu anticipé.
Ces dernières semaines l'ont éprouvé,
elle a du prendre des décisions rapides, ce dont elle a horreur,
faire face a un réel qui pouvait la submerger, qui aurait pu l'anéantir...
Puis très vite
le refus de se laisser piéger dans la nasse que l'autre lui imposait,
partir de "chez soi"plutôt que laisser la place aux jérémiades, aux obscénités, à la victimisation que porte l'irresponsable désespoir.
Le refus d'alimenter cette "névrose de destin", cette dynastie de la maltraitance de son "gynécée" : elle a du s'en extraire, tout au long de son existence
Aujourd'hui c'est la couleur de l'illusion qui a pris la même odeur de mortifère .



Elle a su parler, cette fois, trouver de l'écoute auprès de ses amis
ceux de toujours
D'autres, qui ont ouvert leur porte,
Et lui ont témoigné leur estime
Dans une grande humanité
Ces échanges l'ont régénéré,
très vite,
elle est déjà dans son futur ,
comme projetée dans l'existence
qu'elle envisage encore avec de grands, de beaux moments de bonheur
comme toujours .
Elle sait cette capacité en elle, inaltérable, infiniment renouvelable
le temps que durera sa vie:
Cette force vitale réparatrice qu'elle sait puiser dans le fond de son être au plus profond de sa biologie.
Aujourd'hui elle se prépare a cet envol, dégagée des oripeaux de l' histoire ancienne, elle part rejoindre l'autre bord, où l'attendent des océans de lumière.

jeudi 12 mars 2009

A tes chères confusions....

Je te questionne depuis ces jours derniers sur cette idée d'une Liberté sans la Responsabilité.Cet adage a soulevé de l'effroi, comme des soubresauts de l'âme, aliénée à la jachère de l'existence. Tu perds de ta superbe, les mots te manquent, ne peuvent plus te penser, alors tu luttes pour ne pas te laisser aspirer par le vertige de l'inexplicable, et voilà que tu nous projettes dans un avenir sans l'histoire,... notre histoire.
Tu as sûrement besoin d'une vie de personnage de roman, d'une vie à pleines dents, c'est une explication qui peut te convenir, mais à moi, ce personnage ,il ne me convient pas, cela n'est pas celui là que je pensais auprès de moi ces dernières années.
Nous partageons des valeurs, des essentielles, pour nous sentir mieux vivre, l'un avec l'autre, garder ce plaisir d'être ensemble, comme tu me le dis :"rien ne nous oblige"...
Pourtant...Nous y voilà... .Nous devrons revenir chacun,de cette traversée que tu nous imposes, avant de pouvoir panser nos plaies ulcérées par nos manques à dire, qui servent ta jouissance: Depuis longtemps,tu me quittes, pour en rejoindre d'autres, trouver du plaisir en d'autres, et revenir vers moi, rasséréné par ces excitations "cachotières".
Et c'est cela que tu as nommé ta liberté ?...
Nous avons souvent rêvé ensemble de cet alter monde, plus juste, plus humain, mieux responsable les uns des autres, je te parlais d'écologie relationnelle, je voulais vivre le surcroît avec toi, ce qui advient que l'on n'attend pas
Je crois que ça, nous l'avons réussi.
Merci mon Amour.
Mais aujourd'hui, je ne te suivrais pas dans ce que tu m'apprends de ton imbroglio existentiel, je lâche ta main afin que tu trouves seul, l'équilibre d'un nouveau pas dans l'existence.
J'espère de toutes mes forces que tu parviendras à ce renouveau pour enfin te sentir libre .

.
PS:Je ne serais plus à tes côtés
Durant ton périple
Mais saches que,
je
Saches le

lundi 9 mars 2009

QUESTIONS DIVERSES

Elle sentait ce jour arriver
L'étau se resserrer
Cela la réveillait la nuit parfois
Une douleur, profonde dans la poitrine
Qui faisait remonter toutes les questions
Tout ce qu'elle taisait, depuis trop longtemps
Ce qu'elle ne pouvait partager
Ce qui est devenu l'Indicible
Il dormait là, à ses côtés
Elle écoutait, sa respiration,
Ces rythmes intérieurs, qui savent nous dire
La confiance que nous portons à la vie
Les siens souvent sont perturbés
Elle a du parfois le rassurer
Lui apprendre l'intentionnalité positive
Que l'on trouve dans son propre souffle
Leur relation s' est renforcée
De cette écoute intime qu'elle a pu lui offrir
Elle sait l'apaisement qu'il a trouvé
Dans leur rencontre
Qui nous fait approcher
Le bonheur d'être ensemble
Aujourd'hui la passion a déserté la fulgurance
De leurs premiers instants,
Son corps de désir reste silencieux....
Depuis longtemps
Elle a cru un temps a ses tracas de bonne femme,
Inexorable bouleversement biologique
Puis ces pertes et ses deuils
Qui l'ont amputé de la joie nécessaire
Puis il y a lui
Qui ne s' approche plus d'elle
Qui reste des heures sur internet
Bien que leur relation reste sans ombrage
Elle devra lui parler de leur malentendu
De ce qu'elle sait qu'il continue de vivre
Et qu'il appelle sa liberté, inaliénable
Elle devra lui dire l'inacceptable
Pour préserver son désir d'exister, avant tout
Son refus de se laisser dévaster
Par les fuites en avant et l' indifférence
Ce matin il part une nouvelle fois
Vers des programmes incertains....

Bientôt elle lui parlera

mercredi 4 mars 2009

Lettre au Président de Mathieu Bellahsen, interne en psychiatrie

Monsieur le Président,

Je vous écris en tant que citoyen. Cette lettre se termine avec une question, pourrez vous y répondre ?
Je le souhaite.
Il m’a été offert la possibilité de rencontrer des existences remettant en cause radicalement ce que l’on est, ce que je suis, ce que l’on pense vivre, ce sur quoi il semble commun de s’entendre et que l’on dénomme réalité.
Dans ce monde de la normalité supposée, alors même que celui qui tenterait d’être le plus normal serait soit mort soit le dernier des fous, que faîtes vous de cette part de folie présente dans chaque homme, celle qui leur fait accomplir les horreurs tant décriées mais aussi les créations les plus incroyables, les plus sublimes dont notre culture regorge ?
Que vous a fait la folie pour la mettre uniquement sur le dos des fous ?
Que vous ont fait les fous pour que vous les chargiez de tous les maux victimaires contemporains. Vous avez attaqué notre folie commune par celle bien plus grande de la normopathie. Le bruit des mises à l’écart nous rappelle avec honte une partie de la psychiatrie française durant la collaboration. A cette cruauté envers nos semblables, nous n’avons de cesse que de penser.
Ne l’oubliez pas, ne les oubliez pas.
Laissez à ces morts leur sépulture, humus honteux de notre civilisation.
Laissez aux fous la folie nécessaire pour s’attaquer à cette normalité dévastatrice qui ronge le monde contemporain.
Laissez nous compter avec des chiffres qui ne seraient pas zéro (risque zéro, tolérance zéro), avec des chiffres qui seraient poétiques et non de petits comptages bureaucratiques.
Repensez aux trains.
Au zéro de l’opinion, nous entendons substituer l’infini de nos possibles.
Le rouleau compresseur gestionnaire « pour le bien », « pour assainir » de votre politique se heurte donc à ces arrachés de la Raison, citoyens qui prennent soin et brodent en fine dentelle les détails infimes de l’existence.
Nous prendrons les aiguilles pour tisser ensemble ce lien social précaire qu’il s’agit à chaque minute de refaire, nous ne prendrons pas seulement les aiguilles pour piquer, injecter, enfermer.
Nous construirons des murs, pour des maisons avec une ambiance chaleureuse, bien loin de la froideur déserte des asiles, nous ne construirons pas vos cachots indignes de la folie.
Nous surveillerons, avec notre sensibilité, notre accueil, notre veillance et non avec ces caméras persécutantes, avilissantes, faisant l’impasse sur la nécessité relationnelle du travail psychique.
Nous aurons des bracelets pour offrir au plus grand nombre, confectionnés avec des petites ficelles marquant un travail précieux et nécessaire, et non votre boulet avec sa chaîne électronique.
Nous aurons des lieux fermés oui, mais pour ces secrets qui ne peuvent voir le jour sans provoquer de la peine, de la rage, du désespoir, ces secrets regorgeant d’une souffrance qui doit s’enterrer patiemment, ensemble.
Nous aurons des moments difficiles, des moments de joie, des moments de colère, d’errements, de contemplation, de sidération, de poésie.
Nous aurons comme dans toute vie, des moments difficiles.
Nous devrons supporter les malheurs, les tragédies, nous sommes obligés « c’est la vie », la fatalité, le Destin.
A moins que la meilleure façon de vivre soit de ne pas exister ?
Oui monsieur, je me déclare schizophrène dangereux si c’est le nom contemporain de l’exclusion, de l’abandon, de la vindicte.
Nous serons de plus en plus nombreux à le clamer pour éparpiller les ténèbres que vous essaimez. Pour que ce vocable, nous rappelant l’odeur des gaz de la mort, perde son sens infâmant.
Pour que cette supposée « dangerosité » soit synonyme du risque inhérent à la vie.
Pour que cette campagne de destruction du lien social, cette politique de la peur dont vous n’êtes que l’une des petites statuettes à ranger au panthéon des crimes contre la dignité humaine, périsse d’elle-même.
Je vous souhaite que la normalité supposée saine dont vous vous parez se heurte à l’intimité d’une rencontre avec un « fou », votre semblable.
Dans ce miroir humain que vous n’osez regarder, méfiez vous du reflet sombre de votre inconséquence.
Méfiez vous de l’ombre populiste colportée par la poussière des opinions.
Méfiez vous du bruit des drames quotidiens des Hommes et de leur misère.
Méfiez vous surtout de leur écho et de la rumeur qui s’infiltre dans vos appartements dorés.
Si vos annonces sont suivis de faits, que les cris de la foule enflent au point de vouloir enfermer, reléguer, exterminer nos semblables, alors prévoyez nous une place à côté d’eux.
Prévoyez également beaucoup de police, beaucoup de violence, de terreur et d’horreur.
Prévoyez plus de vies gâchées que vos « dangereux » n’en auraient faits.
Prévoyez notre résistance.
Vous pourrez nous provoquer, nous insulter, nous bannir, nous parquer.
Mais penser à l’après.
Penser quand l’Histoire vous demandera : « pourquoi ? »

Quelle sera votre réponse à la « solution » que vous mettez en place ?

samedi 28 février 2009

Lettre au président

Monsieur Le Président
Je vous écris cette lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous prenez le temps
De vous poser

C'est peut-être
Ce qui vous a manqué
Le 2 Décembre dernier
Lors de votre discours d'Antony
Où vous avez par vos propos
Outragé la soignante que je suis


Vous stigmatisez la folie
Pour agiter le spectre
De la dangerosité
Vous remettez en cause
Nos capacités collectives à soigner

Vous semblez ignorer
Ce qu'ont été les apports du secteur
Dans l'évolution de la prise en charge des patients
De cette volonté humaniste
Qui a su animer,
De grands projets politiques

Ce n'est pas cette France là
Qui vous a fondé Monsieur Le Président
Nous sommes de la même génération
Mais nous ne longeons pas
Les mêmes bords,
Pour renforcer nos valeurs

Moi, mon engagement je le consacre
A ce métier dont je suis fière
Et cela vous ne le dévaluerez pas

Si vous ne revenez pas sur votre position
D'enfermer,
De contrôler,
De déshumaniser
Le soin en psychiatrie

Si votre entêtement à satisfaire
Votre électorat 'risque zéro'
Vous pousse à cette ignominie
A cette régression historique
Qui nous fait frémir de honte à votre place


Alors, Monsieur le Président
Je vous informe,
Avec la force et la solennité
Que j'adresse à votre fonction
Et sans autre formule de politesse
Qu'a l'instar des 22000 signataires
Du collectif de la nuit sécuritaire

JE DESOBEIRAI

dimanche 15 février 2009

RÊVE DE SIESTE

Je ne sais d'où me vient ce plaisir de dormir dans la journée. Alors que le monde part continuer ses affaires, moi je me love dans la chaleur "volumiesque" de mes couvrantes et boutis. Parfois Isis veille sur moi avec son regard de... chien (puisque ça est un) et participe ainsi à réchauffer mon environnement thermique vu que depuis plus d'une décennie, je n'ai pas pu lui ôter la sale habitude d'une trop grande proximité... Enfin bref c'est une Vraie caniche qui n'en fait qu'a sa tête.
Je ne sais si l'apaisement de ces instants, cette douce régression favorise la qualité des rendez-vous avec l'inconscient : je sors de mes siestes avec un vécu régénéré comme si de la puissance de vie trouvait sa source dans cet abandon qu'est le sommeil...
C'est un rêve éclairé un peu comme un tableau de Millet, je suis dans une chambre mansardée et j'entends en bas les bruits que tu fais. Je reconnais l'agitation de ton malaise intérieur , le bruit comme un langage,des "mal-adresses" : les objets se cognent, tombent, se brisent parfois.
J'entends aussi ta peur,celle du gendarme que j'ai peut-être été ...
Je descends te rejoindre, la lumière est très douce, tu ressembles au christ avec tes grands locks détachés et huilés, tu as le souffle court et le regard vide,les mots que tu m'adresses sont désincarnés, je me suis rapprochée de toi et je t'ai pris dans mes bras je t'ai parlé d'amour, de l'essentiel de ma vie, je n'ai rien vu de ton manque à vivre, je t'ai cru fort à la mesure de ce que je ressentais pour toi, bluffée par les fantasmes de mon amour tout-puissant, tu n'as sans doute pas pu ouvrir les espaces pour te projeter dans l'existence. Je sais cela aujourd'hui. Je te parle encore en pleurant sur notre souffrance inavouée, alors tu reviens à toi peu à peu,tu prends ma tête entre tes mains et tu me parles : «Je suis d'accord pour le meilleur docteur, Maman, le meilleur que tu connaisses pour me soigner...

Tout mon être rêve, et c'est moi qui rêve...Toujours

mardi 10 février 2009

A QUELLE HEURE PAPA RENTRERA ?

Ce soir je serais là tôt
Le jeu a moins d'enjeu
Et l'ennui me guette
Je lui préfère un bon repos
Ce soir je rentre tôt

Puis,comme à l'accoutumée
Tu as pris ton pas décidé
Et ta silhouette a disparu
Juste au coin de la rue

La maison a résonné de ce silence
Dans chaque espace vidé
De ta présence
De tes habituels esclandres
Et comme à l'accoutumée
Maman s'est alors mise à t'attendre

C'est à l'heure où le sommeil vient
Tu t'apprêtais à rejoindre le tien
"Je vous laisse les copains
On s'appelle,et nous verrons demain"

Puis comme à l'accoutumée
Tu as pris ton pas décidé
Et ta silhouette a disparu

Ce soir papa ne rentrera plus

lundi 9 février 2009

CE PETIT POT DE PRUNES...

J'ai retrouvé
Quelques jours après ton départ
En dérangeant un vieux placard

Ce petit pot de prunes
Que tu nous a apporté
L'été dernier

J'ai repensé
A tes habitudes d'amour
Qui ont enchanté
Plusieurs saisons de ma vie

Pas des pacotilles
De super-marché
Les offrandes que tu faisais
Tatie

Ce sont les fruits
Et les légumes de ton jardin
Que tu nous portais
Lorsqu'ils étaient
Rassasiés de lumière
Et de soleil

Tu savais laisser
S'écouler le temps
Cette infinie patience
Qui bonifie les êtres
Et les choses

Tu étais marraine
La fée enchanteresse
De mon enfance
Tu m'appelais"ma fille"
Et tu me disais belle
Une délectation de douceur

Je n'ai pas vu dans tes yeux de bonté
La tragédie que fut ta vie..
.