samedi 29 novembre 2008

Un des dits du transfert de la psychanalyse



Vous me demandez si gentiment d'écrire pour vous, que je ne peux pas m'y dérober puisque c'est à ma personne que vous vous adressez et que vous venez titiller ma fierté d'écrivain. Le narcissisme aussi nous fait tenir ensemble et c'est une bonne chose que de ne pas l'ignorer : c'est le meilleur moyen de limiter ses effets destructeurs dans l'inconscient. Voilà donc, en peu de mots et de la manière la plus simple possible,ce que votre demande m'inspire tout à trac, sur le transfert.Propos petits par conséquent et, certainement, incomplets.


"Alors Marie prit un vase de parfum de nard de grand prix(Judas pensa que l'on aurait mieux fait de le consacrer aux pauvres, il aurait ainsi pu grappiller sa dîme)et le cassa et se mit à faire un massage des jambes de Jésus de haut en bas, et elle essuya les jambes avec sa chevelure, et toute la pièce s'emplit du parfum du nard....
Elle ne sait pas, dit Jésus, qu'elle est en train de m'embaumer pour ma sépulture




Voilà comment le transfert opère en psychanalyse : parce qu'une personne se laisse aller à sa demande d'amour envers quelqu'un d'autre qui lui semble représenter ce qu'il y a de plus...(pas forcément très bon, mais surtout très intense),parcequ'une personne donc se laisse aller à demander à quelqu'un d'autre de l'amour,comme si cet autre était vraiment "majuscule" ou très grand,cet autre qu'on appelle "analyste"l'écoute en silence,n'y répond pas, s'y dérobe,se minimise, tout petit,petit autre, presque pas autre,à peine petit "a", un petit tas de chair, comme une présence silencieuse,et de cette absence de réponse que nous appelons interprétation, jaillit une ouverture, un appel d'air,un tourbillon de nouvelles paroles, un ruissellement qui fait vieillir les sens anciens sur lesquels reposait notre douleur d'exister, notre souffrance d'avoir une âme...Cet instant nous suspend comme une rencontre inattendue et très belle, comme si nous avions touché à l'articulation de la vérité, comme s'il fallait rester là toujours à la contempler...Mais déjà le ruissellement des paroles nous indique une nouvelle direction, nous accroche à d'autres mots qui nous ravissent, qui nous fabriquent une autre parole de vérité pour nous tenir, semblant d'ensemble dans les mots, continuer de maudire, de vivre et de vociférer la vie,de l'inventer pas à pas, de créer notre croyance insensée.



Le transfert est ainsi l'une des formes de l'amour où le désir ne s'arrondit pas pour se lover dans une conque et se perdre avec l'autre dans les forêts lointaines, seul à seul, face à face, perdu dans l'autre éperdu de nous. Le transfert est amour de la différence qui ne se contente pas de soi en l'autre ou de l'autre en soi : il exige une ouverture a du nouveau, à la création de sens nouveau, ces sens qu'on appelle la vie et en psychanalyse, pour en parler, la clinique du transfert.



Bien sûr, le psychanalyste n'y a pas un destin bien glorieux: il sait combien au terme sa présence silencieuse ou son accompagnement bavard, se dissolvent du côté du rien; il sait combien il est appelé à devenir encore et encore "petit tas", si proche du déchet.Parfois, certaines analyses permettent qu'un lien se tisse entre l'analysant et la personne de l'analyste, mais même là, la relation est traversée par ce que nous nommons la castration, ce manque fondamental qui empêche la satisfaction complète de l'être pour soi. Le plus souvent le psychanalyste chute de sa place majuscule, pour devenir du rien, le souvenir plus ou moins exact d'un chemin accompli.


C'est sans doute la raison pour laquelle les psychanalystes, qui réussissent si bien à se rétracter pour que l'autre advienne chez leurs analysants, ratent leur vie en société, se laissent prendre par les parures du moi, les demandes de reconnaissance, l'envie de pouvoir, les querelles entre fratries, la ségrégation des uns et le mépris des autres.











samedi 15 novembre 2008

Notre Barbarie bien-pensante

Réunion de crise à L'élysée, notre présidence veut faire pondre une nouvelle loi , viiiite depuis que les fous sont lâchés et redeviennent dangereux. Une loi qui encadre mieux les sorties des patients dangereux.
Et une de plus !
Après celle qui prévoit l'incarcération de centaines de nos jeunes dans les taules de la république avec l'application des peines planchers. Taules où ils ne sont même pas traités à la hauteur de l'amour que nous donnons à nos animaux, nous, les bien-pensants ,qui ne nous émouvons plus devant les dégâts que crée notre société libérale sur nos enfants, nos vieux, nos fous; Bref les plus fragiles d'entre-nous.
Et pour répondre au désarroi, à la désespérance, à cette angoisse de l'inexistence quand l'avoir supplante les valeurs de l'être, ils répondent,en face, par l'enfermement, la répression,l'injonction de soins.Et bien sachez, Messieurs les juges, à la botte de cette gouvernance, que le commandement de soins n'a jamais soigné celui qui est dans l'impossibilité psychique de prendre conscience de son trouble ,(car c'est bien cela la définition de la folie), que la prison telle que vous l'utilisez, n'est qu'une entreprise de destruction des personnes déjà fragiles qui y rentrent: il n'y a qu'a voir le nombre de décompensations psychiques dans nos prisons, décompensations mal soignées, qui aboutissent à des drames, tels que la presse nous en relate régulièrement, drames jamais relayés par un débat de fond sur les déterminismes autres que celui de la responsabilité individuelle.
Notre société, par la voix de nos gouvernants, régresse vers la barbarie, la horde primitive où s'en sortent les plus forts, les plus riches d'entre-nous, mais c'est notre humanité à tous qui est mise à mal car si "celui qui sauve un homme sauve l'humanité", ceux qui restent dans l'incapacité de la préserver participent à sa lente destruction.

dimanche 9 novembre 2008

LE MEILLEUR DES MONDES

Je participais ,en tant que représentante syndicale,au dernier CHSCT de l'hôpital psy où je travaille et la discussion courait sur les problèmes liés à l'intégration des personnels de sécurité dans les services de soins psychiatriques.
Il me vint tout à coup des images d'un livre lu il y a fort longtemps:"le meilleur des mondes" d'Aldéous HUXLEY,où il était question d'une société libérale, hypersécuritaire,et sans angoisse.
De là à faire le parrallèle avec l'hôpital, me dis-je!
Mais quand même,lorsque l'on voit des agents de l'équipe de sécurité intervenir dans les lieux de soins,à la demande même de l'encadrement hospitalier,quand ces mêmes agents inadaptés à ce milieu et angoissés commettent des lapsus comme "incarcération" au lieu d'"hospitalisation"...je me pose des questions.
Mais peut-être suis-je trop imaginative,plongée que je suis dans ma réflexion
Quand même,lorsque je constate de plus en plus la démission imposée aux équipes soignantes,le remplacement de la prise en charge thérapeutique du patient par une prise en charge majoritairement médicamenteuse,celui de la contenance humaine hier prodiguée par les soignants remplacée aujourd'hui par celle des molécules chimiques;

Je me pose des questions....encore mon imagination

Alors mon esprit bat la campagne,je vois l'hôpital de demain avec ses distributeurs de pilules, sa vidéo surveillance et ses gardiens suréquipés prêts à intervenir!!

Le seul problème, c'est que je ne vois plus ni médecins,ni infirmiers
Encore mon imagination

PEUT-ETRE SERAIT-IL GRAND TEMPS DE NOUS REVEILLER ?

samedi 8 novembre 2008

SLAM pour BOUTIS

Je rentrais ce soir là ,les pensées virevoltantes comme si elles jouaient aux pas chassées dans le creuset de mon âme tranquille : la vitesse de ma voiture calée à 85 km/H je me sens ainsi , présente et libre pour vivre l'apaisement de ces instants: ce "juste après" la nécessaire disponibilité professionnelle,où je laisse venir les pensées, elles m'apaisent,me rassurent,me conviennent.Ce soir là ,je m'imprégnais de l'idée que j'avais entamé le dernier tiers de ma vie,je le colorais de superbes projets ,de flamboyantes décisions que je n'avais pas pu ou su prendre jusque là,et je pense à mon fils comme chaque jour depuis sa naissance .J'arrive à mon domicile encore remplie de cette paix,qui est installée en moi depuis que je sais vivre avec ma solitude et au centre de ma vie.La maison s'est déjà obscurcie,depuis le récent changement d'heure,et j'aperçois juste son volume sur la table du séjour...".Je crois savoir.. ,nous en avons déjà regardé ensemble,... c'est la période de mon anniversaire...."Je l'ai déballé délicatement , ses couleurs fleuries ont explosé dans la pénombre de la pièce,sa moêlleuse épaisseur me fait retrouver des souvenirs de l'enfance,lorsque les soirs d'hiver, ma mère , de manière rituelle venait nous border, sa couvée ,avec l'épaisse couche de couvertures et édredons transgénérationnels, qui nous étouffait et nous rassurait, et nous laissait nous endormir dans l'étrangeté de ce paradoxe.



C'est un boutis fleuri
qui a trouvé sa place
sur mon lit
son poids léger
sur mon corps
enchante le début
de mes nuits,
la chaleur qu'il me procure
préserve mon sommeil

c'est un boutis fleuri
que tu as choisi
un peu
comme une mére
protége mieux
son plus fragile enfant .