Ne plus séduire, ne plus chercher celle qui n’accepterait pas que le masque tombe, ce masque lentement mûri pour plaire à tous ces possibles qui vous seraient déplaisants, ne plus rêver à celui dont les fondations artificielles ne supporteraient pas que votre vernis craque, attendre le regard juste, l’esprit calme et apaisant, ne plus sourire pour rien, pour faire plaisir, pour rentrer dans le moule, choquer avec sa vérité, crier, claquer une porte, manger sans avoir peur de grossir, s’affaiblir sans croire que l’autre s’en fera l’écho, et s’il le fait, bouffer l’autre, et grossir encore, pour écraser sa supériorité de tout le poids de sa liberté, être pervers si l’élégance l’accompagne, manipuler si le bonheur est au bout, pas le vôtre, celui de l’autre, enterrer des mensonges pour que fleurissent des couleurs douces et solaires, refuser un plat trop froid comme on refuserait une main trop chaude, ou le contraire, dire à ceux qui sont censés vous aimer naturellement qu’ils ne savent pas le faire, graver sa déception dans l’écorce des caractères les plus solides, hurler dans l’oreille d’un sourd, se foutre à poil devant l’autorité, assumer son vote, visser sa différence comme un néon qui dérange, dévisser l’indifférence de ces géants minuscules qui vivent la tête au-dessus des odeurs nauséabondes et l’installer sur leurs chevilles boursouflées pour la faire tousser, ne plus plaire pour ce qu’on n’est pas, oser être vide entre les jours de chance, ne rien avoir à dire, à faire, à vivre, se vautrer dans sa paresse, attendre que ça se passe, penser que le bonheur c’est un but et pas un chemin, mettre un doigt à la rébellion gratuite, je veux dire sur sa bouche, pour la faire taire, en mettre deux dans les yeux des bien-pensants pour qu’ils pleurent leur monde en carton-pâte, chier dans la colle, pisser dans un violon, cracher dans la soupe, crier sur les toits, être mal coiffé, mal accompagné, mal maquillée, mal baisée, se contenter de peu, retourner sa veste et celle qui vous le fait remarquer, jouer avec le feu, brûler un feu rouge, freiner tard, pousser la troisième, coller au cul jusqu’à ce qu’il dégage ce donneur de leçon qui vous montre le panneau 110 avant de rentrer chez lui regarder des vidéos SM avec des mineurs, ne pas avoir peur de perdre ses amis parce qu’on serait soi-même, ne pas avoir peur d’en choisir de nouveaux qui le mériteraient mille fois plus, fumer la moquette, déférer au parquet, défoncer les inégalités, ne rien branler et écrire l’injustice sur les murs, avoir le talent de claquer cette fesse sans perdre la considération de sa propriétaire, avoir le talon pour décalquer ce pauvre mec qui a décidé que vous étiez à lui, accepter d’être bon, ne pas avoir peur d’avoir une bonne opinion de soi si vous l’estimez justifiée, ne pas avoir peur de la chute le jour où vous verrez à quel point vous vous êtes trompé, tirer la queue du chat, caresser la chienne dans le sens du poil, regarder une femme dans les seins sans lui manquer de respect, regarder un homme dans le portefeuille parce que vous le valez bien, doubler à droite, griller un stop, être plus con que celui dont vous ne supportez pas le vide abyssal, tirer les cheveux de la caissière mal-aimable, mettre une pichenette sur la joue de ce voisin à qui vous n’avez jamais adressé la parole et repartir sans rien dire, regarder TF1 jusqu’au bug cérébral, avoir une gastro au Ritz, éclater un bouton la veille d’un rendez-vous, éclater en sanglot le lendemain, partir avec la caisse, rentrer tard, ne pas prendre de gants, laisser son empreinte, maquiller la vérité, démaquiller le mensonge, ne rien avoir dans le ventre, bouffer du regard, ne se satisfaire que du confort, être un faux con pour les aigles royaux de la bêtise mais une vraie présence pour l’âme solitaire, tournoyer comme un vautour pour le regard de ceux qui seront partis aussi vite que leur jugement, ils n’auront pas pris le temps de vous voir vous poser pour donner ce cœur qu’ils auraient juré être la cible de votre appétit, donner de la chair, du corps aux choses, aux histoires, à la vie, détester un prénom, ne pas dire que ce bébé est beau s’il ne l’est pas, gueuler pour un rien, savoir tout sur tout, se mêler de ce qui ne vous regarde pas, cultiver sa susceptibilité, contredire les grande gueules, maudire les petites frappes, mettre un bandeau sur la routine, jouir de son succès, brouiller les pistes, parler comme une vache espagnole, partir à l’anglaise, avoir le glaive vengeur et le bras séculier, porter le bourre-pif en métaphore et disperser façon puzzle les empêcheurs de tourner en rond.
Et une fois éloignés les parasites, tous les microbes qui infecteraient votre bonheur, tous les faux-semblants capables de semer des promesses dont ils n’ont jamais vu la moindre graine, il restera le vrai regard sur vous, celui qui aura transpercé les couches protectrices et repoussantes, l’œil lucide et aimant qui aura reconnu son idéal sous mille imperfections, le regard qui sait, qui sent, qui ressent, qui sait que jamais le temps ne lui donnera l’occasion de regretter son choix.
Règle n°38 : Osez toutes les imperfections, osez être celui ou celle pour laquelle on ne voterait pas. Rien n’empêchera votre âme sœur de vous élire.
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