
Dès que j'en ai la possibilité, je préviens leurs parents de mon arrivée et , tel un nouveau débarquement de la tante du littoral, je leur consacre vingt quatre heures de ma vie.
Je les sens heureux de venir partager ces moments avec moi ; comme si se reprenait à chaque fois le fil de l 'histoire laissée en plan depuis la dernière fois. Peu importe le temps écoulé entre deux visites, la continuité de notre lien a fait son œuvre.
Dès qu'ils sont embarqués dans la voiture (ou plus exactement dans celle de leurs parents, car moi il y a belle lurette que je ne suis plus dotée de siège auto et a fortiori de deux) comme le clic d'un interrupteur donne une lumière immédiate, sitôt lâchés par le regard parental, revient à leur mémoire les textes de chansons arrangés par moi, pour eux. Alors nous chantons sur le chemin qui nous amène chez grand-mère, nous chantons pour faire la nique aux angoisses de séparation, dépassées maintenant.
C'était "ya longtemp" dit Noa au sujet de Tom (ouais, ouais, deux mois à peine). Les mots parfois ,ont ce pouvoir d'éloigner la peine,des "Petitom". Et quel jeu délectable que ce souvenir dégagé du pénible ressenti.
La joie continue de s'installer dans le véhicule à la seule idée des contes qu'ils me demandent et dont je ne changerais pas le contenu "Cela fait peur par moment mais cela se termine toujours bien". Alors vient la déferlante des questions, chacun son tour, (ils sont sympas les jumeaux, ils vous laissent juste le temps de reprendre votre respiration entre deux explications, entre deux interventions, la présence toujours au taquet). Les sempiternels "pouourquoioi tu chananges paaas les con..on..ontes?" .
Et pourquoi c'est si difficile à expliquer l'universalité des contes ? Et que je vous vois venir avec votre toute-puissance qui vous ferait bouffer le loup par le premier petit cochon, alors qu'il est encore incapable de se faire une maison sûre?.... Ha ça mais... Cela sert à quelque chose quand même la psychanalyse des contes de fées, appliquées par votre tante ! Qui a quelques idées (et vécus aussi...) sur la nécessaire contenance à donner à des enfants de deux ans que l'on doit écouter certes mais pour mieux les limiter, les border,en quelque sorte.
Et je sens bien -presque intuitivement- que dans cet espace bordé que je vous offre vous nagez à votre aise, sans la crainte de vous cogner, de boire la tasse ou de connaitre l'ennui.
Je ré apprend avec vous que la liberté est une conquête qui ne passe pas forcément par les larmes (ni les armes d'ailleurs) mais plus sûrement par une nécessaire entente.
Un "suffisamment de confiance" dans la présence de l'autre dôté de ce savoir que , très tôt, dans son existence de "petitom" dans cette direction là, le chemin est déblayé, la route empruntable.
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