samedi 24 août 2013

TEXTE POUR NONA



TEXTE POUR NONA

Il y a plus de cents longs hivers
Que tu usais le même corps
jusqu'à ta 106 ième année
Et je t'entendais souvent nous demander
« Mais qu'est ce qu'elle fait la mort ? »

Tu as gardé très longtemps toute ta tête
Elle était pleine de souvenirs
De gens que tu as vu naître
Puis que tu as vu mourir

Tu as tellement porté de deuils
Que tu en eu des idées noires
Et aujourd'hui tu te prépares
Nous avons choisi ton cerceuil

Tu as connu la première guerre
Le premier téléphone
Et tu es devenue centenaire...!!!


« Oui ninine, mais qu'est ce que cela me donne?...
De grands avions rugissent
ça fait une rayure au ciel
C'est comme si l'éternel
m'avait rayé de sa liste...

Qu'est ce que j'ai pas fini
Qu'il faudrait que je finisse?
Perdre un dernier ami?
Encore enterrer un fils?

Mais j'ai vécu plus de 100 ans
Ma place n'est plus ici
Elle est au cimetière
Elle est au Paradis

Mes pitchinines
Je suis née aux chandelles
Et j'ai grandi au charbon
Bien sur que je me rappelle
du tout premier néon

J'ai connu la grande crise
J'allais avoir 30 ans
Quand j'allais à l'église
Y'avait du monde dedans

J'ai travaillé avec les chevaux
Et les planches à laver
Dans un fleuve tellement beau
Qu'on pouvait s'y baigner

Moi j'ai connu le soleil
Avant qu'il soit dangereux
Faut il que je sois vieille
Venez me chercher, Bon dieu »

Et sont venus tes 106 ans
C'est pas que tu n'as pas prié
Mais ça aurait tout l'air
Que ce « sacramento » t'a oublié

Alors, il y a eu tes gardiennes
Avec leur beau visage
Des toubibs de passage
Payés à la semaine

Elles parlent un langage
Qui ne sera jamais le tien
Et ça te fait du chagrin
d'avoir cinq fois leur âge
Et mille fois leur fatigue
Immobile à la fenêtre
Pendant qu'elles naviguent
Tranquilles sur internet.

C'est vrai que tu attendais la mort
C'est pas que tu étais morbide
C'est que tu avais plus de cent ans dans le corps
Et que tu étais encore lucide

« Je suis d'une autre école, ninine,
J'appartiens à l'histoire
Il n'y a plus rien à mordre
Seul mon passé déborde
Mais mon avenir est vide

J'ai eu un bon mari
Avec trois beaux enfants
Et cela fait si longtemps
Que lui et notre fille
Dorment au firmament

Et il n'y a plus que moi qui veille
Et qui vis...qui vis...
Encore...et encore un peu
Je suis tombée de sommeil...»

Mais qu'est ce qu'elle a fait la mort?

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